Sommaire
- 1. Qu'est-ce qu'un modchip ? Que permet-il ?
- 2. Pourquoi le faire ?
- 3. Vérifier sa console (numéro de série)
- 4. Comment ça marche (le voltage glitching)
- 5. Choisir son modchip
- 6. Matériel requis
- 7. Flasher le firmware du modchip
- 8. Installation sur Switch (V1/V2)
- 9. Installation Lite & OLED
- 10. Tester & remonter
- 11. Dépannage & codes d'erreur
- 12. Outils & ressources
1. Qu'est-ce qu'un modchip ? Que permet-il ?
Un modchip (puce de modification) est un petit composant électronique que l'on soude sur la carte mère d'une console pour contourner ses verrouillages d'origine. Sur Nintendo Switch, le modchip de référence est le PICOFLY, basé sur le microcontrôleur ouvert RP2040 (le même cœur que le Raspberry Pi Pico).
Concrètement, un modchip permet à n'importe quelle Switch — y compris les modèles dits « patchés » (V2 Mariko, Lite, OLED) que les méthodes logicielles ne peuvent plus percer — de lancer un firmware personnalisé (CFW = Atmosphère). Sans modchip, ces consoles sont définitivement verrouillées.
Ce que ça débloque
Homebrews
Logiciels non officiels : outils, lecteurs multimédia, gestionnaires de fichiers, diagnostic.
Émulation rétro
NES, SNES, Mega Drive, Game Boy, GBA, PS1, arcade via RetroArch.
Sauvegardes
Exporter/importer vos sauvegardes de jeux (JKSV), indépendamment du cloud Nintendo.
Personnalisation
Thèmes custom du menu HOME, mods de jeux, cheats en solo.
Android / Linux
Transformer la Switch en tablette Android ou PC Linux (dual boot).
Maintenance
Débrickage, diagnostic matériel, sauvegarde/restauration de la NAND.
2. Pourquoi le faire ?
- Pour la pérennité : Nintendo verrouille, retire l'eShop, abandonne les anciens modèles. Un modchip rend votre console indépendante du cycle commercial.
- Pour la réparation : Sauvegarder/restaurer la NAND, débricker, diagnostiquer — utiles pour garder une console en vie.
- Pour l'interopérabilité : Utiliser des manettes non officielles (MissionControl), streamer vers un PC (SysDVR), overclocker (sys-clk).
- Pour l'usage légal : Lancer vos propres homebrews, émuler vos jeux originaux, développer — autant d'usages protégés par l'interopérabilité.
3. Vérifier sa console (numéro de série)
Avant toute chose, il faut savoir quelle console vous avez. Le numéro de série (sous la console, format XAJ•XXXXX•XXXXX) indique le modèle et si la console est « patchée » ou non. Cela détermine la méthode à utiliser.
Vérificateur de numéro de série
Saisissez le numéro de série de votre console (sans les points) pour connaître son statut. Données basées sur les plages connues de la scène Switch.
| Préfixe | Modèle | Statut | Méthode |
|---|---|---|---|
XAW•, XAJ•, XAK•, XAC•, XAE• | V1 Erista (Amériques / Europe) | Dépend du n° (safe / warning / patched) | fusee-gelee si unpatched, sinon modchip |
XJJ•, XJW•, XJE•, XJC•, XJK• | V1 Erista (Japon) | Dépend du n° | fusee-gelee si unpatched, sinon modchip |
XKJ•, XKW• | V2 Mariko | Toutes verrouillées | Modchip PICOFLY RP2040 |
XKE•, XKC•, XKK• | Switch Lite / OLED | Toutes verrouillées | Modchip PICOFLY RP2040 |
XT• | Reconditionnées / autres | Verrouillées | Modchip PICOFLY RP2040 |
Les différentes versions de Nintendo Switch
Nintendo a commercialisé plusieurs versions de la Switch. Le modchip PICOFLY RP2040 est compatible avec toutes, mais la méthode d'installation et la difficulté diffèrent selon le modèle. Le vérificateur ci-dessus détecte automatiquement la version à partir du préfixe du numéro de série.
V1 Erista
HAC-001 · 2017-2018Première génération. Les modèles unpatched se modifient par logiciel (fusee-gelee), sans puce. Les patchés nécessitent un modchip PICOFLY RP2040.
PICOFLY si patchéeV2 Mariko
HAC-001(-01) · boîte rougeAutonomie améliorée. Toutes verrouillées. Modchip PICOFLY RP2040 requis. Pose standard, la plus accessible.
PICOFLY RP2040Switch Lite
HDH-001Version portable compacte. Toutes verrouillées. Soudure fine, moins de place, démontage complet.
PICOFLY RP2040Switch OLED
HEG-001Écran 7". Toutes verrouillées. Méthode kamikaze (perçage précis DAT0 sous le shield) — réservée aux pratiqués.
PICOFLY RP20404. Comment ça marche (le voltage glitching)
Pour comprendre pourquoi on soude une puce, il faut comprendre comment elle fonctionne. C'est une technique d'injection de faute appelée voltage glitching.
Le principe
Au démarrage de la console, le processeur (le SoC Tegra X1) exécute un code de démarrage figé en usine (bootROM), impossible à modifier. Ce bootROM vérifie la signature de l'étape de boot suivante : si elle n'est pas signée par Nintendo, il refuse de la lancer. C'est ce verrou que les méthodes logicielles ne peuvent plus casser sur les modèles patchés.
Le modchip injecte une brève chute de tension sur l'alimentation du CPU, à un instant très précis (au moment de la vérification de signature). Cette perturbation place le processeur dans un état erroné : la vérification est ignorée, et l'exécution est redirigée vers un fichier payload.bin présent sur la carte SD.
La chaîne de démarrage
- Le modchip envoie un glitch de tension au CPU au bon moment.
- La vérification de signature du bootROM est contournée.
- Le module
sdloader(dans le firmware du modchip) prend le relais et chargepayload.bindepuis la carte SD. - Le payload affiche l'écran splash PICOFLY (« No SD Card »), puis lance ce que vous avez configuré.
Le « training »
Le glitch nécessite un timing parfait (débit et durée exacts). À la première mise sous tension, le modchip teste différents timings jusqu'à en trouver qui fonctionnent : c'est le training. Une fois validés, ces timings sont mémorisés pour des démarrages rapides ultérieurs. C'est pourquoi au premier boot la puce clignote un certain temps avant d'afficher le splash.
Si une mise à jour firmware de la Switch modifie le code de boot concerné, certains timings deviennent inutilisables — le modchip parcourt alors ses autres timings et retente un training. En pratique, PICOFLY échoue rarement sauf problème matériel.
BOOT0. Il ne touche pas aux données critiques de la console. On peut toujours booter la console d'origine en maintenant les deux boutons volume au démarrage.5. Choisir son modchip
La scène PICOFLY est vaste, avec plein de variantes préfabriquées (Picofly Core, Picofly Lite, Picofly OLED…). Mais leur contrôle qualité est souvent médiocre. Les deux cartes officiellement recommandées et fiables sont :
RP2040-Tiny
Carte de développement officielle. Recommandée. Qualité constante. Prendre le kit « RP2040-Tiny-Kit » (inclut le tableau de flashage).
Le plus fiableRP2040-Zero
Carte de développement alternative, fiable aussi. Nécessite l'ajout de résistances 47 Ω sur les lignes CLK/CMD/DAT0.
FiablePicofly OLED
Variante préfabriquée, pratique (port FPC). Fonctionne sur tous modèles. QC variable selon vendeur.
PréfabriquéÀ éviter
Hwfly, Instinct-NX, SX (Team Xecuter) : clones fermés, composants de mauvaise qualité, pannes fréquentes. Non accompagnés.
FerméRésistances 47 Ω — un détail crucial
Le RP2040-Tiny intègre déjà 3 résistances de 47 Ω sur les lignes CLK, CMD et DAT0. C'est pour ça qu'il est recommandé : pas de soudure de résistances supplémentaires. Avec un RP2040-Zero, il faut ajouter ces résistances soi-même.
Reconnaître un vrai PICOFLY
Les PICOFLY portent la puce carrée noire avec le logo Raspberry Pi (le microcontrôleur RP2040). Beaucoup d'annonces utilisant le mot-clé « Hwfly » vendent en réalité des PICOFLY — vérifiez le logo. Les Hwfly/SX « vrais » sont fermés et déconseillés.
6. Matériel requis
Soudure
Fer à souder à petite panne, température contrôlée (~350 °C). Étain plombé recommandé. Flux de qualité. Tresse à désouder.
Fils
Fil single-core 34-38 AWG (type Kynar). Résistance 47 Ω (et 200 Ω de secours).
Ouverture
Bits Torx +00 et TRI-WING Y1.5. Spatule plastique.
Protection
Ruban Kapton, masque de soudure UV, pâte thermique non conductrice, alcool isopropylique (95-99 % IPA).
Précision
Microscope ou loupe binoculaire (fortement recommandé). Extracteur de fumées (santé).
Flashage
PC ou téléphone Android, câble USB-C ou micro-USB de données (pas charge-only).
7. Flasher le firmware du modchip
Le modchip PICOFLY a son propre firmware (distinct du firmware de la Switch). Il faut le flasher une fois avant l'installation. Le firmware de référence est usk (fichier firmware.uf2), disponible sur le dépôt GitHub de DefenderOfHyrule. Toute version inférieure à 2.75 est obsolète — visez la 2.82.
Procédure (RP2040-Tiny / Picofly OLED)
- Positionner le modchip microcontrôleur vers soi (la puce carrée avec le logo Raspberry Pi). Sinon vous risquez de griller le circuit USB du modchip.
- Insérer le port de débogage USB (repère
UP) dans le connecteur du modchip, verrouiller le loquet. - Maintenir le bouton
BOOTet brancher le port USB au PC via le câble de données. - Le PC émet un son de connexion et un lecteur amovible apparaît.
- Glisser le fichier
firmware.uf2à la racine du lecteur. Le lecteur s'éjecte tout seul quand c'est fini. - Le modchip clignote vert puis affiche un code d'erreur rouge — c'est normal (il n'est pas encore connecté à la Switch).
firmware.uf2 dans le lecteur, qui s'éjecte automatiquement. — guide.nx-modchip.infoUP. Une inversion = circuit USB grillé.Optionnel (RP2040-Tiny) : après le flash, on peut désouder le port FPC en haut de la carte (inutile, gagne de la place) et le régulateur linéaire.
8. Installation sur Switch (V1 / V2)
C'est la partie délicate. On soude sur la carte mère de la console. Débranchez la batterie avant toute chose.
Pinout du RP2040-Tiny
| GPIO | Point carte mère | Nom |
|---|---|---|
GPIO 29 | C | DAT0 |
GPIO 28 | A | CMD |
GPIO 27 | D | CLK |
GPIO 26 | B | RST |
GPIO 15 | CPU | SP1 / SP2 |
Démontage
- Retirer les vis du dos (médianes des deux côtés, vis du haut, deux du bas, celle sous le kickstand).
- Retirer le lecteur SD.
- Retirer le blindage métallique et déconnecter la batterie (en bas à droite de la carte mère).
- Retirer le caloduc / radiateur.
- Retirer le IHS (Internal Heat Spreader) pour exposer le SoC et la RAM.
- Nettoyer la pâte thermique sur le SoC et entre les condensateurs à l'IPA. La pâte thermique mal nettoyée peut corroder les soudures.
- Déposer le module eMMC de la carte mère.
Soudure des points SP1 / SP2 (nappe SoC)
Les points SP1/SP2 sont les plus difficiles : ce sont les condensateurs sur la puce qui servent au glitch. On utilise une nappe SoC préfabriquée qu'on aligne sur les condensateurs.


Appliquer du flux, chauffer chaque condensateur avec le pad correspondant de la nappe jusqu'à ce que l'étain flue entre les deux. Si la nappe est trop courte, souder un fil sur les deux broches centrales.
Soudure des points A / B / C / D (au-dessus du SoC)
| Point | Nom | Difficulté |
|---|---|---|
| A | CMD | Facile |
| B | RST | Moyenne (gratter le vernis du via) |
| C | DAT0 | Difficile (pad fin) |
| D | CLK | Moyenne |


Pour le point B, le guide recommande de gratter le vernis du via pour faciliter l'accroche de l'étain.
Soudure du 3.3 V et du GND


Le 3.3 V se prend sur les pads exposés du module eMMC. Le GND : n'importe quel point de masse (la flèche sur le plan de masse à droite de la RAM).
Câblage du modchip


Placer un élément non conducteur entre le modchip et la RAM, puis allumer la console. Le modchip clignote bleu/bleu clair (glitching), puis jaune (succès). L'écran doit afficher No SD Card avec le logo PICOFLY.
9. Installation Lite & OLED
Le principe est identique, mais le démontage et l'accès diffèrent :
- Switch Lite : démontage complet (vis TRI-WING), retrait écran/coque, accès carte mère par dessous. Soudure plus fine, moins de place. Méthode « kamikaze » possible aussi.
- Switch OLED : méthode kamikaze — perçage d'un trou précis (~1 mm) à l'emplacement DAT0 sous le shield, sans déposer la carte mère. Plus rapide mais risqué : un mauvais perçage = carte mère morte. Réservé aux pratiqués.
10. Tester & remonter
- Allumer la console. Le modchip clignote bleu (glitching) puis jaune (succès). L'écran affiche No SD Card + logo PICOFLY.
- Vérifier que la console boot normalement : éteindre, maintenir les deux boutons volume + appuyer sur power, relâcher au logo Nintendo. Doit booter comme avant.
- Si ça ne boot pas : retirer le modchip (pas la nappe SoC) et tester. Code d'erreur rouge → voir §11 Dépannage.
- Préparer la microSD (FAT32, Hekate, Atmosphère, emuNAND) — cf. guide technicien §3 à §6, ou prendre une carte microSD déjà préconfigurée — voir aussi comment la choisir.
- Modifier le IHS pour laisser passer la nappe SoC (aplatir le côté replié avec une pince à épiler).
- Couper une bande dans le blindage pour faire passer le modchip.
- Coller le modchip au IHS (adhésif double-face), remettre la pâte thermique, remonter.
11. Dépannage & codes d'erreur
| Led / symptôme | Signification | Action |
|---|---|---|
| Bleu clignotant | Glitching en cours (training) | Normal au premier boot. Patienter. |
| Jaune | Glitch réussi | Devrait afficher No SD Card. |
| Rouge (code) | Erreur | Code à 2 chiffres — voir la table officielle des codes. |
| Vert clignotant | Pas connecté à la Switch | Normal après flash seul. Vérifier câblage une fois installé. |
| Ne boot pas / écran noir | Soudure défectueuse ou court-circuit | Power 12 s pour forcer l'extinction. Revérifier DAT0 / RST / SP1-SP2. Mesurer les valeurs diode. |
| Boot Nintendo mais pas CFW | Puce non détectée | Souvent DAT0 ou RST mal soudés. Re-flux. |
Valeurs diode indicatives (multimètre, mode diode) — varient d'une console à l'autre, ne pas s'alarmer si légèrement différentes :
| Point | + → GND | − → GND |
|---|---|---|
| SP1 | ~0.125 | ~0.125 |
| SP2 | ~0.12 | ~0.10 |
| A (CMD) | ~0.470 | ~0.875 |
| B (RST) | ~0.405 | OL |
| C (DAT0) | ~0.435 | ~0.450-0.850 |
| D (CLK) | ~0.440 | ~0.880 |
| 3.3 V | ~0.445 | ~0.850 |
12. Outils & ressources
Guide source (EN)
Guide open source officiel (DefenderOfHyrule), avec photos pas à pas.
Pas à l'aise avec la soudure ?
La pose par un technicien coûte 69€ (MO) ou 87€ (puce incluse), garantie 6 mois. Moins risqué, moins cher qu'une carte mère morte.
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